En terre inconnue dans la Napa Valley

Ceci est l’histoire vraie d’une Bourguignonne partie à la rencontre des Californiens, au coeur de leur culture viticole. Deux traditions, deux idéologies. Une passion.

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C’est par la Golden Gate de San Francisco que nous avons entamé notre week-end viticole. Drew , Colleen et moi. Colleen habite dans la baie depuis plus de vingt ans. Et c’est avec passion qu’elle nous a fait découvrir les caves qu’elle arpente depuis quelques années. Après une heure de route, nous nous arrêtons au domaine de Rams Gate.

Sur le parking, une limousine est garée. Nous en avions déjà  croisé un bon nombre sur l’autoroute. On pense alors aux millionnaires qui viennent se détendre autour de quelques verres dans la Napa. Et puis on se rend vite compte que quelques centaines de dollars vous permettent facilement d’acquérir une limo avec son chauffeur pour fêter son anniversaire, ou pire encore, organiser sa Bachelor party (l’enterrement de vie de filles/garçons).

Et ceci résume bien ce qu’est la majeure partie de la Napa Valley: de grands domaines, du bling-bling et de l’oenotourisme à grand volume. C’est comme s’il n’y avait que des châteaux de Pommard sur 20 km.

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Premier arrêt donc, avec un menu-dégustation à 20 $, trois vins. Ma première dégustation de vin californien prestigieux. Ou du moins buvable. Colleen et Drew me regardent attentivement alors que je sens le premier verre, un chardonnay de 2011. Ils se reposent sur mon jugement pour savoir si ce vin est bon car à moi seule, je réunis une double autorité: je suis Française ET Bourguignonne. Le vin passe, sans plus. Je suis une grande amatrice de Chablis alors, il est difficile d’être objective en quoi que ce soit. Colleen nous avait rassuré dès le départ: notre premier arrêt de “touriste” sera le seul. À la fin de notre dégustation, nous reprenons la route vers les plus “petits”.

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Colleen connaît l’un des ouvriers du domaine, un British au look américain. Alors qu’il s’occupe d’un groupe fille fêtant une Bachelor party – “ça pourrait être amusant mais ça ne l’est vraiment pas”, nous confie-t-il plus tard- nous nous envoyons une seconde dégustation dans le gosier. Chardonnay, Pinot noir et deux Sauvignon Cabernet. Le vin est moyen. Je n’accroche vraiment pas.

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Pour notre lunch, la Napa Valley offre un choix inouï. Pendant un temps, c’était la région qui accueillait le plus de restaurants étoilés dans le monde. Colleen décide de nous inviter au restaurant Bistrot Jeanty. J’en profite alors pour commander une valeur sûre pour mon palais mal éduqué: un Santenay.

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Nous nous dirigeons ensuite vers notre dernière dégustation de la journée au domaine de James Cole. C’est le domaine préféré de Colleen. Elle est d’ailleurs membre de leur wine club. Ce domaine n’a rien à voir avec les précédents. La superficie du vignoble est plutôt petite et le nombre de bouteilles à la sortie est restreint.

On me met un premier verre de vin dans la main. Un chardonnay avec une belle robe dorée. Je goûte. Et je savoure. Enfin un vin qui laisse un arôme plus qu’acceptable en bouche. Doux et fruité, comme je l’aime. Les autres vins sont à la hauteur. Je décide donc de faire mes achats dans cette cave, histoire de rapporter quelques bouteilles à ma famille et mes amis bourguignons. 36$ pour le blanc, 45$ pour le rouge. Ce n’est pas donné pour du vin, moi qui suis plutôt habituée à acheter du Santenay pour 10 € voire maximum à 30 € pour de meilleures bouteilles (Nb: être journaliste freelance dessert clairement l’extension de ma passion pour le vin).

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Le lendemain, nous essayons deux autres domaines. Et j’entame quelques discussions. Chez les Reynolds, nous commençons notre journée avec une énième dégustation. Nous sommes peu nombreux dans la salle, ce qui me laisse la possibilité de discuter avec le serveur. Les viticulteurs californiens ont le même débat autour du phylloxera ou de la flavescence dorée chez nous (très bien expliqué dans cet article). Tout comme mes amis viticulteurs bourguignons, les viticulteurs traditionnels ont la dent dure contre les viticulteurs biologiques. Différents pays, différentes maladies agricoles, même dilemme sur les produits à utiliser.

Je m’aventure également sur les “on dit”. Car il y a de nombreuses rumeurs sur le vin californien, et surtout de la manière dont il est fait. “On dit que les Américains ajoutent beaucoup de produits chimiques, notamment pour avoir tous ces goûts que vous décrivez avoir dans votre vin, comme la framboise, la mûre, etc..”, expliquais-je. La première réponse fut brève mais pleine d’expression, les yeux dans le vide et secouant la tête, un air de dire ” French people are so… French”. Après avoir nié pendant plus d’un quart d’heure quelconque modification chimique de leurs vins, le serveur a finalement réussi à me convaincre que les Français n’avaient vraiment pas digéré 76.

1976, cette date de l’ultime victoire des vins californiens sur les vins français. J’avais déjà vaguement entendu parler de cette histoire, et probablement vu des extraits du film Bottle Shock (2008). Un week-end passé dans la Napa et voilà que mes amis Américains me rappellent sans cesse cette date dès qu’ils considèrent que je m’égare dans mes élucubrations françaises.

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La Napa Valley en trois points négatifs:

  1. Tout est payant. Bienvenue aux États-Unis. La dégustation coûte entre 15 et 40$ selon les domaines. Les prix n’ont fait qu’augmenter ces dernières années.
  2. Je n’ai vu aucun winemaker (vigneron). En Bourgogne, je suis plutôt habituée à l’inverse, surtout dans les petits domaines.
  3. La quantité des verres. C’est une dégustation payante donc…come on guys!

Quelques points positifs (allez, je fais un effort et met de côté mes railleries): 

  1. Les paysages sont fabuleux.
  2. Il existe des perles. Leur Iced Wine (vins glacés des vendanges tardives) est excellent.
  3. C’est la Californie. Donc c’est forcément une expérience inoubliable. CQFD.

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